Après.

Après ne resteront
De notre humanité
Que quelques signes crucifiés
Dans le béton du temps passé.
———
Des bords de l’Aulne.

Le silence et l’oubli
La paix des peupliers.
Ma rivière est ici où je l’avais laissée.
Et je suis du regard
Des collines en mal de leurs épis germés.
Amour tourment dans sa flambée.
L’amour est mort ensorcelé
Et l’eau toujours renouvelée
De ma rivière va son gré.
———-
Ce peu de poésie
Qui marche dans la ville
Retiens le par la main
Prends garde il va périr
Les ailes déchues
Dans l’asphalte et l’opprobre.
———



Terre

Terre Cette terre de chair
Au souffle des ombrages.
Mais c’est un jour ancien
Oublié sous la pluie.
C’est une chanson
Sauvée dans le naufrage
Les lenteurs de la nuit
Glissant par les fenêtre
Ces yeux là mon amie
Mais c’est tout mon pays.
———
Mais le temps pour germer dis
Le temps pour germer.
Les roses d’ici pousseraient sur les pierres
Les lianes des sentiers te prendraient par la main
Et tu m’apparaîtrais sur un dôme de ciel
A projeter vers moi tes faisceaux de lumière
Dis.
Mais le temps pour germer.
————
Il pleut très doucement sur la terre conquise.
Les vieux chênes géants s’éteignent sous la brise
La clameur des combats perdue dans les ravines
Le ciel était si bas qu’on en touchait la cime
Qui mais qui donc a osé quels soudards mécréants
Le crime est là au regard de l’enfant.
Le silence s’étend plus loin que le regard.
————–



Nous avions nos sentiers et nos monts
Nous avions nos prés et nos fontaines
La force de nos bras pour nous mesurer
Nous avions les outils journaliers de la peine
Les mélodies de la source et de la houle
Nous avions nos travaux pour nous valoir
La terre et le Ciel.
Nos martyrs pour nous parer de légende
Nous avions l’âtre et le pain à partager
Nous avions nos mots pour tout nommer
Ainsi disait
Une voix dans la pierre.
——–

Les chancres de béton
Ont souillé les collines.
Laideur des chiures
Et hideur des matins
Mais l’harmonie des soirs
Sous les grands clairs de lune
Mais ces sentiers herbeux
Vers quelles destinées.
Ils menaient autrefois
Vers nos vallées profondes
Mais je marche quand même
Et j’essaie d’oublier
Que ma terre n’est plus
Cette injure au soleil
Et le sang qu’on soutire
Aux veines bleues du songe.
———



Amère conscience.

Eclats lumineux des pierres dans la fontaine,le plongeon des dytiques et les lointains échos des batailles humaines.Au pays du silence.Cette amère conscience de n’être pas à ma place en ce monde trop vieux.La vie s’est transportée ailleurs où se nouent les amourettes au pied des HLM,où les hommes se déchirent dans des dialogues carnassiers.
Enfance énuclée qui fut de la rugosité du granit,du saisissement de la main dans les touffes d’eau verte.Transparence de la mare immobile et désolée,je touche d’un doigt gourd l’épiderme du monde.Désertification.Aplomb sec du vocabulaire technocratique.Mais les tiédeurs d’un édredon de plumes un matin de grand gel.Artiste,j’y consens,garant d’éternité,de la poutre et de l’oeuf,du coeur de chêne,du roc inentamé,des ruisseaux méandreux.
La politique:ongles et dents du quotidien,le nombre parmi lequel il nous faut bien survivre.Briser les chaînes de l’ennui,agrandir nos espaces d’être.L’Histoire s’entête,les folles espérances toujours brisées,les mêmes perfidies attisent les mêmes haines,les pestiférés de toujours au banc de l’infamie.Camarade,comme moi dérisoire,n’étais tu pas jadis de ce pays de perles d’eau parmi les herbes tendres.Ton aveu me réchauffe le coeur.



Chanson pour Gwenvelle.

Te souviens tu Gwenvelle
Des retours de pâtures
par les landes cruelles
Dans la nuit des ramures
Et les esprits taquins
Cachés dans les feuillages.
Quand nous étions voisins
Dans le même village.

Rappelle toi Gwenvelle
le petit enfant de choeur
dans son aube nouvelle
Sous l’oeil noir du recteur
Et le pain quotidien
Qu’il n’fallait pas gâcher
Quand nous étions chrétiens
Dans la peur de péché.

Te souviens tu Gwenvelle
Les jours de grands pardons
Quand tu te faisais belle
A flamber les garçons
Des vieilles au matin
Parlaient de sacrilège
Quand on se donnait la main
Dans le même cortège

Rappelle toi Gwenvelle
Aux noces des cousins
Les aubes irréelles
Y’avait les parisiens
les trémolos des chants
L’envol des dérobées
Quand nous étions parents
De lointaine lignée.

Te souviens tu Gwenvelle
Des noeuds dans les mouchoirs
Et nos sabots perdus
Les étoiles du soir
Les flammes libertines
Tutoyaient les noroîts
Quand nous étions la graine
Dans la paume des rois.

Rappelle toi Gwenvelle
Les marchands dénicheurs
revêtus d’arc en ciel
Pour tromper le semeur
Les dures lois du clan
Nous apprenaient les pierres
Quand nous étions enfants
De la reine misère.

Pourquoi faut-il Gwenvelle
Quand nous parlons de tout
Que l’univers chancelle
aux portes de chez nous
Et que tu m’accompagnes
comme une nostalgie
Quand je te dis Bretagne
Tu répondes patrie.
———



Instances nouvelles.

Tout est calme et prochain
Comme piégé d’innocence.
Ils ne sont plus de moi
Que notre histoire assigne
Déjà les flots rentrants
Découvrent des lointains
Inconnus des vivants
Des traces et des signes.
Espaces révélés
D’outre terre et réels
L’ample chant de la mer
Des temps universels.
Il importe de voir
La cité tutélaire
Aux labeurs des ruchers.
L’espoir insoucieux
Magnanime et austère.
Il importe d’avoir
Pour ce trop de lumière
Une larme au revers
Qui retient en un lieu
Il importe que soient
Pour l’humaine conscience
Cette grâce et ce don
Miséricordieux.
Mais que la poésie
Terrassée d’abondance
S’aille chercher ailleurs
D’autres sources de feu.
——



Le temps des fossoyeurs

Le temps ici s’arrêtait en hiver
la pierre crie l’âtre se meurt
Il fait grand froid en la demeure
Voici le temps des fossoyeurs (bis).

Il n’est plus ni rires ni pleurs
Silence d’or sur le malheur
L’âme est enfuie vers les hauteurs
Voici le temps des fossoyeurs(bis).

Le bleu s’écaille entre les doigts
Perles de suie sur les parois
le ciel grisaille dans mon coeur
Voici le temps des fossoyeurs(bis).

Ces vieux outils rongés au coeur
Furent le pain les jours meilleurs
La ronce étouffe le voyeur
Voici le temps des fossoyeurs(bis).

Il pleut des pierres sur l’autel
Lampes éteintes sans appel
la nuit ramasse le veilleur
Voici le, temps des fossoyeurs(bis).

Avant que ne tombe l’ahan
Ou bien l’édit des grands meneurs
Chantez chantez vieilles demeures
La gwerz au nez des imposteurs
Viendront les temps des bâtisseurs(bis).
——————-



Le retour de Tristan.(chanson).

Tristan qui s’en revient revient
Scrute par delà les collines
Autre soleil autre destin
Des cloches tintent des mâtines
Autre soleil autre destin
Tristan qui s’en revient revient(bis).
—–
La nuit frileuse dans ses filets
S’en est allée cacher la lune
Autres mystères autres secrets
un rire traîne dans les dunes
Autres mystères autres secrets
La nuit frileuse s’en est allée(bis).

Le feu pâlissait d’avant mort
Flambent les chênes centenaires
Autres tisons autres décors
Les forêts sont toute lumière
Autres tisons autres décors
Le feu pâlissait d’avant mort.(bis).

Le vent se lève sur la mer
Comme une invite au grand voyage
Autres îles autres amers
S’il est de nouveaux rivages
Autres îles autres amers
Le vent se lève sur la mer(bis).

Voici la route du grand retour
Par les grèves et par les landes
Autres étoiles autres amours
Le vaisseau s’en revient d’Irlande
Autres étoiles autres amours
Voici la route du grand retour(bis).

D’aimer une nouvelle fois
Vous fait aimer la terre entière
Autres raisons autres émois
L’aube vous ouvre les paupières
Autres raisons autres émois
D’aimer une nouvelle fois.(bis).
————



Job Bidon

N’avait de toit n’avait de nom
Passait ici dormait par là
Vivait de rien buvait pour trois
Venait d’ailleurs s’disait maçon
On le surnomma Job bidon(bis).

N’avait de femme n’avait d’enfants
Passait par là dormait plus loin
Vivait de peu buvait du vin
Venait d’nulle part était absent
On ne le disait pas méchant(bis).

N’avait de frère n’avait de soeur
Passait un jour dormait partout
Vivait de vin buvait ses sous
venait toujours était ailleurs
On en avait parfois très peur(bis).

N’avait d’argent n’avait de biens
Passait le pont dormait très lourd
Vivait de quoi buvait au bourg
venait pour braire était malin
On le découvrait au matin(bis).

N’avait d’ennemis n’avait de torts
Ne passa plus dormait tout blanc
Vivait sa fin buvait l’étang
Ne revint plus était bien mort
On ne le pleura pas très fort(bis).

n’avait de terre avait un ciel
Au paradis s’en retrouva
On dit qu’tout là-haut on ne boit
Que la rosée des arcs-en ciel
Et Job s’rait devenu Gabriel(bis).



Discours poétique.

Inconnus de partout sortez de vos mitards
Le navire radoubé est prêt pour le départ
Allons en choeur vers l’espérance
Je vous reconnaîtrai dès le premier regard.
A dieu va la vie est en voyage
Et vous tous les amis aux mains d’orage
N’étouffez plus vos cris dans les draps du silence.
Voici les vérités pratiques du soleil
Voici le monde entré dans ses métamorphoses
et les clartés du jour répandues sur les choses.
Entonnons de tout coeur le chant conquistador
Tous ceux qui ont aimé tous ceux qui en sont morts
Compagnons de misère et de la dure peine
Venez alors dans votre joie sereine
Et nous repeuplerons nos rives désertées
Nous remettrons des nids dans les haies des sentiers
Les poissons par milliers fraieront près de nos sources
Les oiseaux reviendront de leurs lointaines courses
Et nous rassemblerons les cavales sauvages
Qui couraient sur les prés nos landes et nos plages
Le vieux monde n’est plus qu’un pilier de pooussière
Le souffle d’un enfant et le voilà par terre
Aux rires de demain ce sera carnaval
Nos vins couleront sur le carreau des halles
Nous réentonnerons les chants de liberté
Ceux que chantaient jadis nos pères enchaînés
Compagnons de partout sortez de vos prisons
On balaie l’aire neuve pour de belles moissons
Nous danserons des airs venus du fond des âges
Le monde de demain sera fête au village.



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